Yekhan
Pinarligil
Université
Paris I Panthéon-Sorbonne
France
Depuis que les outils
cinématographiques sont devenus maniables, et
financièrement accessibles dans les années 60, les
artistes s’intéressent de plus en plus aux
auto-constructions filmiques, notamment dans les domaines
du cinéma expérimental, de l’art vidéo et de l’art
numérique. La légèreté et la petite taille des
caméras leur permettent de tourner plus facilement l’objectif
vers eux-mêmes, d’intégrer l’outil dans la vie
quotidienne et de travailler seuls, sans équipe de
tournage et souvent en autoproduction. La position
politique que peuvent parfois prendre les images du moi
est révélatrice d’un conflit entre l’identité de l’artiste
et la structure sociale.
De nombreux artistes se
mettent en scène lorsqu’ils ne peuvent pas se définir
dans le consensus et n’entrent pas dans les cadres
prédéfinis par les instances normalisatrices de cette
même société, que ce soit la religion ou la loi laïque.
Même la médecine effectue des catégorisations au sujet
de l’humain, en prétendant à un certains discours
scientifique.
A travers trois exemples
concrets, je vais analyser les formes que peuvent prendre
ces autofilmages qui se transforment, sous l’effet de l’oppression,
en une affirmation personnelle, en un acte politique
vital. Lionel Soukaz met en scène sa propre (homo)sexualité
que, non seulement le pouvoir politique et religieux, mais
aussi la cinématographie dans sa splendeur industrielle
et commerciale veut rendre invisible, donc inexistante
puisque nous vivons dans une société d’images.
Valie Export refuse de
vivre dans la transition, dans la descendance du système
hétéropatriarcal ; en utilisant son propre corps comme
le point de départ, elle construit une réflexion
artistique et politique autour de l’(auto)représentation
de la sexualité et du corps féminins. Maria Klonaris et
Katerina Thomadaki travaillent en couple ; leur double
autoreprésentation, est construite de manière à effacer
les frontières des systèmes binaires à partir desquels
se constituent les normes, comme homme/femme, objet/sujet,
réalisateur/acteur, intérieur/extérieur, etc. Ma
communication, par le biais de ces trois exemples
emblématiques, réfléchira sur les pratiques artistiques
de soi, en y repérant les approches comparables et les
clivages, afin d’en cerner les motifs (fondements et
intentions), les orientations et les formes. Que proposent
ces artistes lorsque leur identité est en difficulté ?
Quelles formes vidéo- ou cinématographiques peut avoir
la transgression des normes et des normalités ?
Atour Yekhan Pinarligil