Au Québec et au Canada,
une série de gains législatifs obtenus depuis les 10
dernières années modifient le contexte d’affirmation
identitaire pour les gais et lesbiennes en milieu de
travail. Ces changements légaux incluent la
reconnaissance des conjoint.e.s de même sexe, la
création au Québec de l’union civile (2002), un statut
semblable à celui du mariage, accompagné de la
reconnaissance de la filiation homoparentale, puis en 2005
l’accès au mariage pour les couples de même sexe à l’échelle
canadienne. À la suite d’une étude menée en
collaboration avec des syndicats et des associations LGBT,
nous avons constaté que de plus en plus de gais et
lesbiennes sortent du placard en milieu de travail tout en
le faisant de manière prudente et progressive, et à l’exception
des milieux de travail où prévaut un climat fortement
homophobe.
Dans cette communication, j’examinerai
les stratégies identitaires mises en oeuvre pour
divulguer son homosexualité en me référant
principalement aux données qualitatives de la recherche (entrevues).
D’un côté, les circonstances et les propos tendent le
plus souvent à dédramatiser le coming out, à banaliser
cette information en la glissant dans les conversations
courantes et en la dépouillant de visées provocatrices
ou controversées. Celles et ceux ayant un.e conjoint.e s’appuient
sur leur situation conjugale pour faire valoir les
ressemblances dans la vie quotidienne de tous les couples,
quelle que soit l’orientation sexuelle.
Divers moyens sont
utilisés pour faciliter la réceptivité chez l’interlocuteur,
tels que l’humour ou les assurances fournies quant aux
répercussions d’une telle révélation sur la relation
interpersonnelle ou professionnelle. D’un autre côté,
le coming out est parfois occasionné par la volonté de
corriger les présomptions hétérosexistes de l’entourage
ou en réaction à des commentaires ou blagues homophobes/lesbophobes.
Sans se définir comme activistes, plusieurs travailleurs
gais et travailleuses lesbiennes s’emploient à
déconstruire les préjugés relatifs à l’homosexualité
et à soutenir les revendications, notamment le mariage et
l’homoparentalité, qui font l’objet de vifs débats
publics. En somme, les pratiques identitaires oscillent
entre la normalisation et la contestation. Pour une part,
elles font appel à la rhétorique égalitariste
déployée par le mouvement gai/lesbien dans la sphère
publique. Elles empruntent alors à un discours qui
minimise les différences découlant de l’orientation
sexuelle, voire qui tend à normaliser les identités
homosexuelles.
D’autre part, ces
pratiques visent à créer un espace de visibilité et de
confort pour les gais et lesbiennes en milieu de travail
ainsi qu’à combattre ou repousser les manifestations d’homophobie
et de lesbophobie qui y prennent place. En ce sens, elles
participent d’une contestation de l’hétéronormativité
dans la sphère du travail. Enfin, je comparerai les
pratiques identitaires des participant.e.s d’origine
migrante à celles des interviewé.e.s d’origine
franco-québécoise.
About Line Chamberland
Lesbian activist since the
70's (now you know my age). Sociology Teacher in a college.
I also teach a course Homosexuality and Society at UQAM.
As a researcher, my areas are homophobia/lesbophobia/transphobia
in the workplace and in schools, adaptation of health and
social services to aging LGBT. I have also documented
lesbian history in Quebec, particularly in the 50's ans
60's (I published a book entitled Mémoires lesbiennes).
Member of the scientific committee of the International
Conference for LGBT Rights in Montreal for the 1st
Outgames. Actually coorganizing a conference temporarily
untitled Genders, sexualities, cultures (Montréal, May
2009) with other researchers and LGBT ethnocultural groups.
My first language is French. I also speak English and,
less fluently, Spanish (I read it easily, so you can
answer me in Spanish). Nummerous recent publications
include: Chamberland, L. (2007), « Canada - Tout le monde
peut se dire « oui » devant le maire », Dossier Mariage,
oui ou non ?, Le Français dans le monde. Revue de la
Fédération Internationale des professeurs de français,
no 351, mai-juin 2007, Paris, p. 48-50. Chamberland, L. et
J. Paquin (2007), « Les stratégies identitaires des
lesbiennes et des gais vivant dans des régions non
métropolitaines », dans D. Julien et J. Josi-Lévy
(dir.), Homosexualités : variations régionales, Presses
universitaires de l’Université du Québec, p. 13-38.
Gagné, F. et L. Chamberland (2007), « Parcours
migratoires et identités gaies et lesbiennes », dans D.
Julien et J. Josi-Lévy (dir.), Homosexualités :
variations linguistiques et ethno-culturelles, Presses de
l’Université du Québec. Chamberland, L. (2007), « La
homophobia en el trabajo », América Latina en Movimiento,
Agencia Latinoamericana de Información, no. 420, mai.
Brotman, S. B. Ryan, S. Collins, L. Chamberland, R.
Cormier, D. Julien, E. Meyer, A. Peterkin et B. Richard
(2007), “Coming Out to Care : Caregivers of Gay and
Lesbian Seniors in Canada”, The Gerontologist, vol. 47,
no 4, p. 450-503. Chamberland, L., F. Gagné et J. Paquin
(2006), « L’homoparentalité au Québec : les
changements législatifs et leurs impacts dans la sphère
du travail », dans Homoparentalités, Approches
scientifiques et politiques, A. Cadoret, M. Gross, C.
Mécary et B. Perreau (dir.), Paris, PUF, p. 143-154.
Chamberland, L. et J. Paquin (2005). « Penser le genre,
penser l’hétérosexualité : un défi pour la
troisième vague féministe », dans M. N. Mensah (dir.),
Dialogues sur la troisième vague féministe : Enjeux,
pratiques et défis, Montréal, Éditions du Remue-ménage,
p. 119-131.