Achille
Pinghane Yonta
Institute
de Sociologie
Université
de Yaoundé
Cameroun
Dans les us et coutumes bamiléké, le corps humain
est divisé en deux parties qui sont attribuées à
l’homme ou à la femme selon le principe : côté
gauche = femme, féminin ou famille maternelle et côté
droit = homme, masculin ou famille paternelle. Cette
division est à la base et au fondement des rapports de
pouvoir entre les sexes.
De générations en générations, ce principe de
division s’est perpétué et embrasse de plus en plus
tous les aspects de la vie sociale et religieuse. Dans les
fondements, cette division accorde une place de choix aux
femmes et fait de celles-ci les dépositaires du pouvoir
traditionnel.
Dans la production de la vie sociale, et surtout
favorisés par les facteurs externes (colonisation) et les
facteurs internes (système de reproduction), les hommes
ont développé des stratégies pour détourner ces
valeurs à leur profit par des conceptions populaires (gauche
= faible et droit = fort, pouvoir) de plus en plus partagées
et converties en normes alors qu’elles sont en
contradiction avec la conception traditionnelle.
Cette division est tellement ancrée dans le système
de représentations au point où elle tente d’assigner
et d’inscrire la domination masculine dans un ordre
naturel, les religions judéo-chrétiennes ont largement
contribué à cette logique, pourtant le contraire
pourrait se démontrer. Les facteurs socioéconomiques ont
favorisé le reniement de la conception traditionnelle qui
a abouti à la méconnaissance et à la production d’un
nouvel ordre. L’apport de la science moderne vient
consolider cette division du corps en terme de pouvoir au
profit du féminin. Ce pouvoir se ressent surtout par
l’attachement des enfants à leurs familles maternelles,
dans le processus d’acquisition de l’indépendance
sociale, ce qui remet en question la patrifiliation.
En région bamiléké, en dépit des avancées féministes,
une nette discrimination règne dans la division du
travail et dans la répartition du pouvoir en société.
Les femmes essayent de plus en plus de brusquer les normes
et valeurs conçues à leur défaveur afin d’assurer une
meilleure reconnaissance de leur pouvoir malgré les
obstacles renouvelées.
Cette communication vise à montrer les fondements
socioculturels du pouvoir entre les sexes en région bamiléké,
les mécanismes de déconstruction, de restructuration et
de construction d’un nouvel ordre fondé sur les
croyances populaires, et les incidences sociales de ce déphasage
entre les conceptions traditionnelle et populaire des
rapports de pouvoir entre les sexes.
Mots – clés : division, pouvoir social,
représentations sociales, genre, stratégies.